Toujours différente

C’est le genre de conversation ubuesque que j’avais souvent à Montréal. Les questions étaient plus motivée par la curiosité qu’autre chose, mais j’ai toujours trouvé étrange que l’on me considère foncièrement différente. Une fois, alors que j’avais commencé un nouveau travail, je me souviens que l’un de mes collègue français était convaincu à 100% que du sang amérindien coulait dans mes veines. Même les clients des boutiques où j’ai travaillé m’abordaient souvent en espagnol et parfois en arabe.

Pourtant, il n’y a pas d’arbre généalogique plus ennuyant que le mien: il n’est composé que de français et de canadiens-français. Mes origines sont tellement linéaires qu’à l’université j’ai jalousé les étudiants qui avaient de fabuleuses histoires familiales les liant à des lieux exotiques. Parfois, pour être plus originale je m’inventais des racines étrangères.

Chez les anglophones, on ne m’embêtait que rarement avec ces questions tandis qu’avec les francophones j’y avais le droit à chaque nouveau travail, chaque changement de classe. Loin de moi l’idée de renier ma culture québécoise mais je me sentais plus à l’aise dans la communauté anglophone de Montréal où il est plus facile de se sentir inclus.

En France c’est rare qu’on me questionne sur mes origines car il faut bien connaître quelqu’un avant de s’avancer sur ce terrain, le sujet étant tabou. Et puis, il faut dire qu’avec les gens du sud qui sont habituellement plus foncés mon apparence passe inaperçue.

Je me souviens d’ailleurs d’une drôle de conversation au sujet de ma couleur de peau au Québec: « Tu vas à quel salon de bronzage?
– Aucun
– Tu peux m’dire la vérité …
– C’est trop dangereux pour la peau, j’y vais jamais!
Come on, t’as un teint.
– Ben c’est naturel. »

En France, on pose plus volontiers des question sur les accents, mais encore une fois il faut que le conversation soit engagée. Ce n’est pas comme aux Etats-Unis où quelqu’un peut vous demander d’où vient votre accent dès la deuxième phrase vous étant adressée.

On détecte mon accent québécois mais on me demande invariablement pourquoi il n’est pas comme celui des autres québécois entendus auparavant. Je ne sais jamais quoi répondre surtout qu’on m’interroge aussi  sur celui-ci de l’autre côté de l’océan.  Mon accent je ne l’entends pas et je n’ai jamais cherché à le cultiver, ça doit être c’est un mélange de mon environnement et du hasard.<

Pour la première fois depuis longtemps, cette semaine j’ai eu droit à deux questions sur mes origines. Une pour me demander si je n’étais pas latina et une autre plus directe « You are not French, where are you from? »

Étrangement, ces deux question m’ont ramenée instantanément au Québec.

13 Commentaires

  • Ca doit être chiant les questions à la longue :/ Moi j’ai ma « chance » de me fondre dans la masse, quand on me regarde, rien ne laisse sous-entendre que je ne suis pas de la place. Quand j’ouvre la bouche, là aussi avec mon accent caméléon, les gens n’y voient que du feu, faut que je le dise pour qu’on le sache, et j’apprécie 🙂

    Aller, de gros bisous de réconfort Cynthia ♥ Pour nous, tu n’es pas différente 🙂

  • Moi j’ai un nom bizarre, alors j’ai toujours le droit à « ho, c’etst bizarre, c’est de quelle origine? » Et c’est Cambodgien, et c’est idiot mais ça me rend fière depuis que je suis toute petite d’avoir cette note d’exotisme alors que ça ne se voit pas vraiment sur moi. Quand je le dis, les gens me regardent et disent « ha ouiiii, ça se voit à voys yeux ». Ca me rend contente! 🙂

    C’est vrai qu’en France, il y a beaucoup de sujets tabous, c’est un peu lourd!

  • Hah, comme je te comprends! J’ai un nom de famille qui fait un peu arabe, un deuxième prénom qui fait très arabe, et un accent (en français et en anglais) qui confond tout le monde. Aux Etats Unis, maintenant, le dialogue suivant arrive souvent « tu es Canadienne? » « oui. » « Du Québec? » « Non, de Suisse! » Haha! Y’z’avaient cas pas me casser les pieds avec leurs questions idiotes 😉

  • Moi ça me fait sourire ce genre de conversations (je m’en lasserai peut-être un jour). J’ai tendance à prendre facilement les accents, si bien qu’après un mois en Australie, mon accent anglais était un mélange de french-indian-australian-english-american accent qui ne ressemblait plus à rien :D.
    Et quand je suis en déplacement en Belgique et qu’on me demande « quand je rentre à Paris », et que je réponds « je rentre pas à Paris », j’aime bien la drôle de tête que font les gens :).
    As-tu perdu un peu ton accent montréalais?

  • À Montréal, j’ai à ouvrir la bouche et tout le monde sait que je suis du Saguenay. En Angleterre on a cru que j’étais grec, italien, allemand, irlandais et bien sûr, américain. À cause de l’accent que personne ne peut trouver, et parce que j’ai l’air méditerranéen, il semblerait.

  • Ton billet me fait rire. It hits home! Puisque je suis métisse (avec un nom improbable, en plus), où que je sois, j’ai droit au « tu es d’où ? ». Alors en Angola, supposément mon pays natal, « tu es sûre que tu es d’ici ? Tu n’as même pas une double nationalité ? ». Beh…

  • Je suis Acadienne et on m’a déjà prise pour une méditerranéenne, une latinos, bref j’en passe 🙂 Ça me fait rire… surtout que c’est à Montréal que je me sens chez-moi 🙂

  • Oh, j’ai souvent le droit à ça aussi! En France, c’était à cause de mon nom de famille italien, et puis je suis plus « typée » que la plupart des française de Fraaance. Je peux très facilement passer pour latino.

    Au Canada, j’ai eu des gens m’aborder naturellement en espagnol, en italien… et en russe. Pourtant, je ne fais pas russe… je crois!

  • Ah je connais ça aussi, depuis toute petite… Mais les questions sont surtout dues à mon prénom et son association à un nom très « français ». ça perturbe les gens ce genre de mélange et puis la curiosité y est pour beaucoup aussi…

  • Bonjour!
    Il ne faut pas oublier l´Histoire de la France.
    Pays où sont passés beaucoup d´autres peuples.
    les Romains, les Arabes,
    les Teutons, les Francs, les Vikings,
    quelques personnes venant des colonies etc…
    Quand tu dis qu´il n´y a que du « francais »
    dans ton arbre généalogique
    ( jusqu´à quel siècle es-tu remontée ? )
    Un arbre c´est grand, crois-moi…!
    c´est pas seulement la lignée du pére.
    Tu peux avoir une goute de sang
    venant des peuples énumérés plus haut.
    Mais aussi une goute de sang amérindien,
    sans le savoir.
    il y a parfois des secrets de famille ! 😉
    Les Français/Québécois 100% Gaulois, il n´y en a pas beaucoup !
    Vive les belles couleurs ! 🙂

  • C’est marrant parce que du côté de mon père, on a la peau assez mate, mais un français qui sonne bien « de souche ». 🙂
    Quand on me demande d’où je viens, je ne sais jamais trop quoi répondre. On est de là où on est né, de la où on vit, de là où on a vécu? C’est une question difficile, finalement.

    A Montréal, j’avais un accent français aux intonations montréalaises (que j’ai perdues depuis). Pour les Québécois, j’étais français, et puis en Haute-Savoie, on sait que je suis français mais « pas d’ici » non plus. D’ailleurs, je me sens moins chez moi à Evian qu’à Montréal. Et j’ai encore des cartons qui ne sont pas déballés.

  • Hej !
    J´avais laissé un commentaire ,
    il y a quelque temps,
    malheureusement, il n´a pas été imprimé….
    mais je viens de lire quelque chose
    qui est exactement ce que je disais.

    http://kyber.ca/downloads/clouHist.pdf

    Lire la page 7,
    le passage – Les Normands de la Nouvelle France.

    Bref, nous sommes tous des mélanges de plusieurs peuples.
    Alors, Québécois , Francais 100% ça n´existe pas !
    Bonne journée !

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