Si au Québec j’étais une convive appréciée, car on me considérait comme quelqu’un qui mangeait de tout, ici, il n’est plus de même en France. Par exemple, cet été je fus invitée à un barbecue où l’on ne servait que des Merguez, un type de saucisses que j’ai en horreur. Chéri voulant m’accommoder a demandé à notre hôte d’acheter également des brochettes afin que j’aie une alternative. Déjà gênée par la situation, je le fus encore plus quand je mis un bout de mouton dans ma bouche et que je fus incapable d’en avaler un seul morceau. Heureusement, Akira était présent et j’ai pu lui glisser ma part discrètement sous la table. Je n’ai rien mangé, tant pis!
Malheureusement, c’est une situation qui se répète constamment depuis mon arrivée en France. Tant bien que ce soir pour un dîner d’andouillettes on m’a priée de bien vouloir apporter mon blanc de poulet! Cela est peut-être dû à mon canard recraché la semaine dernière alors que nous étions en bonne compagnie. En tous les cas, je n’en tiens pas rigueur à l’hôte, mais plutôt à moi-même qui leur complique la vie! Pour des raisons inconnues, il y a plusieurs aliments qui ne peuvent simplement pas passer la barrière de mes amygdales. J’ai l’impression d’être dorénavant une invitée indésirable.
Mouton, gésiers, canard, foie, fromage, saucisses et autres, je suis la plupart du temps incapable d’en manger. Heureusement, depuis que je suis arrivée j’ai fait des progrès, ainsi maintenant je mange du foie gras, du fromage Comté et un peu de l’Appenzeller. Mais pour le reste, c’est sans espoir!
C’est une situation qui m’attriste, car je trouve que c’est impoli envers l’hôte et ça rend aussi le choix aux restaurants difficiles. Pourtant, j’aimerais bien manger « de tout », mais le rejet est physique. C’est tellement étrange : même si la chose que j’ai dans la bouche me dégoûte, je ne la trouve pas répugnante au goût pour autant. En fait, c’est souvent la texture ou l’apparence qui me dérangent.
C’est un problème avant tout culturel. Pas dans le sens que tous les Québécois, Canadiens ou Nord-Américains ont ce problème, mais dans le sens que les pratiques culturelles de mes parents ont engendré ce cette problématique. Tout ce que je mangeais était, disons « clinique » : la viande était toujours du filet, il n’y avait pas d’odeurs fortes et il n’y avait tout simplement pas une aussi grande diversité alimentaire. Surtout au niveau de la viande, je trouve qu’en Amérique du Nord on fait tout pour nous faire oublier leur provenance. Exit les coqs complets, les têtes de veau, la cervelle d’agneau, etc. D’ailleurs, en France on mange souvent des parties animales que je considère comme de la viande à chien. Cette impression vient du fait que j’ai été confrontée à plusieurs de ces aliments que très tard, ça rend leur intégration à mes goûts difficile.
Ainsi, ce soir je vais arriver chez notre hôte avec dans une main une boîte de pâtisseries et dans l’autre une poitrine de poulet. Ça me permettra de montrer que je ne suis pas anorexique et que je suis capable de manger. En espérant un jour avoir une meilleure relation avec la nourriture à force d’y travailler, car c’est triste d’être en France et de n’avaler que des blancs de poulet.


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