La grande mêlée de Michel Tremblay


Sitôt acheté, sitôt lu. Je n’ai pas pu résister la tentation de dévorer d’un coup le dernier tome de la Dispora des Desrosiers, La grande mêlée, publié chez Leméac/Actes sud en 2012. Il faut dire que Michel Tremblay m’avait bien vendu son roman lors de sa visite au Centre Culturel Canadien en mars dernier.

L’histoire

On retrouve Rhéauna à Montréal en 1922, employée à la comptabilité chez Dupuis Frères qui s’apprête à épouser Gabriel, fruit des amours incestueux de Josaphat et Victoire. Maria a envoyé à toute sa famille, jusque dans les prairies canadiennes, des invitations au mariage. Consciente des sacrifices que sa fille aînée a dû endurer à cause de ses choix de vie, elle est déterminée à lui organiser un mariage en grande pompe. Un choix difficile à assumer quand la mariée comme le marié viennent de familles pauvres.

Pour arriver à ses fins, Maria se démène pour trouver l’argent nécessaire à l’organisation de la fête à laquelle elle rêve, quitte à déroger à certains de ses principes. Elle n’est pas la seule prise avec des problèmes, Josaphat père incestueux de Gabriel essaie de survivre éloigné de sa famille mais sombre dans l’alcool et le vagabondage. Théo s’inquiète du mariage de sa grande-soeur qui lui enlèvera sa mère de substitution. Alice harcelée par son patron a quitté son travail à la manufacture de tabac, sans prétendant et sans travail son futur est compromis. Ti-Lou a l’intention de prendre sa retraite de guidoune et s’installer à Montréal, difficile de s’arrêter pour elle qui aime tant le luxe. Victoire ayant quitté son amour incestueux pour se mettre en ménage avec un homme qui boit trop devient peu à peu un fantôme. P’tite vie, p’tite misère.

Saint-Pierre-Apôtre (1936) – Archives de la Ville de Montréal

La Dispora des Desrosiers s’achève sur le mariage de Rhéauna et Gabriel. Après s’être mariés à l’église Saint-Pierre-Apôtre, le cortège se dirige vers la rue Montcalm pour festoyer dans le jardin derrière l’appartement familial. Tout le monde est réuni pour la grande mêlée finale: Tititte, Teena, Ernest, Alice, Ti-Lou, Régina-Coeli, Bebette, Rose, Simon, Ernest, Josaphat-le-violon, Victoire, Albertine, Télesphore, Edouard, monsieur Rambert, madame Desbaillets, Florence, Rose, Violette, Mauve et bien sûr Maria, Alice, Béa et Théo.

Mon Avis

Ce livre a été annoncé comme le pièce finale de la comédie humaine montréalaise commencée il a plus de 45 ans et Tremblay n’a pas manqué son coup. On y retrouve tous les personnages de la Diaspora des Desrosiers et ceux des futures Chroniques du Plateau-Mont-Royal pour le moment clef de cette grande Saga: l’union des familles Desrosiers (Rathier) et Tremblay.

Dupuis Frères en 1926

Il ne faut pas oublier le plus grand personnage silencieux de l’oeuvre de Tremblay: Montréal. J’aime comment la ville revit sous sa plume. Il relate des petits détails de la vie quotidienne plutôt que des faits historiques ce qui apporte de la profondeur au récit et qui rend l’histoire plus chère à mon coeur.

J’ai beaucoup aimé la narration où chaque personnage narre un chapitre de son point de vue tout comme Faulkner l’a fait dans As I Lay Dying. Ça permet de retrouver chacun des personnages face-à-face avec ses inquiétudes et ses joies face à la même situation.

Le paradise (années 30) – Archives de la ville de Montréal

J’ai beaucoup apprécié ce dernier tome, j’aurais envie de dire que c’est mon favori mais ça serait injuste car c’est l’apothéose d’une série construite au fil de cinq romans. Bien que La grande Mêlée est sensée boucler la boucle, il reste plusieurs question en suspend: comment Nana a-t-elle rencontré Gabriel, qu’advient-il de Théo qu’on ne retrouve pas dans les Chroniques, que c’est-il passé entre l’euphorie des noces et l’ennui de la grosse femme, est-ce que Nana aura pu être heureuse au moins une fois, peut-être pendant son voyage de noces?

Je parie que Tremblay ne résistera pas à la tentation d’écrire une autre série qui viendrait s’intercaler entre la Diaspora des Desrosiers se terminant en 1922 et les Chroniques du Plateau Mont-Royal débutant en 1942. Il reste trop d’intrigues en suspend et j’aimerais bien découvrir Montréal durant la dépression.

Tremblay nous a mis en annexe Une traversée du siècle soit une chronologie complète de ses romans et pièces de théâtre concernant les familles Desrosiers (Rathier) et Tremblay pour ceux qui auraient envie de lire les Chroniques du Plateau Mont-Royal d’un bout à l’autre. Si vous avez envie de tenter l’aventure, j’ai scanné la liste et elle est disponible au téléchargement: Une Traversée du siècle – Chronologie des chroniques du Plateau Mont-Royal 1910-1998.

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