L’Hôpital Louis-H. Lafontaine, une institution Montréalaise

Hôpital Louis H. Lafontaine, Pavillon Ignace-Bourget
(cc)Jean Gagnon

Coincés entre la rue Sherbrooke et l’autoroute 25, les bâtiments austères de l’hôpital « Louis-H. » Lafontaine s’élèvent vers le ciel. Si maintenant ses fenêtres grillagées ont vue sur une route engorgée, lors de sa fondation en 1873 elle se trouvait en bordure du village de Longue-Pointe. D’ailleurs, l’hôpital porta jusqu’en 1976 le nom d’hospice de St-Jean-de-Dieu (Longue Point Lunatic Asylum) et qui, comme le nom à caractère religieux l’indique, était tenu par des sœurs. De l’inauguration de cet hôpital jusqu’à maintenant, cette institution s’est consacrée aux soins psychiatriques.

L'Hôpital Louis-H. Lafontaine - Longue Point Lunatic Asylum

Ainsi, il y fut interné « pêle-mêle les marginaux, les déments, les mélancoliques et les idiots, mais aussi des gens sains d’esprit internés de force par des proches malveillants ». (1) Il va sans dire que dans la société québécoise ultraconservatrice de la pré-révolution tranquille, cela inclut beaucoup de gens qui seraient maintenant considérés « normaux ». Ainsi, cet hospice au début porté par l’idéal de la réhabilitation grâce au lien avec la nature sera rapidement débordé et sombrera dans des pratiques qui sont éminemment questionnées aujourd’hui.

L'Hôpital Louis-H. Lafontaine: dortoir (archives)

Ce qui entacha indéfiniment la réputation de l’hospice est le scandale des orphelins de Duplessis, orphelins qui ont été déclarés arbitrairement aliénés afin que le gouvernement de Duplessis perçoive plus de subventions de la part de l’état fédéral. Si l’asile ne semble pas de prime à bord le meilleur endroit pour encourager le développement humain des enfants, d’importants sévices à leur égard ont eu lieu : violences physiques, abus sexuels et expériences médicales.

L'Hôpital Louis-H. Lafontaine : cimetière de Saint-Jean de Dieu (archives)

Depuis, les pratiques médicales ayant trait à la santé mentale ont évolué vers le mieux et la désinstitualisation permet à beaucoup de malades d’être soignés sans être internés. Pourtant, je crois qu’une vision négative des institutions pour la santé mentale, surtout pour Louis-H., reste très présente chez les Québécois en raison de plusieurs téléséries dramatiques diffusées dans les années 1990 : Les Grands Procès et Les Orphelins de Duplessis.

D’ailleurs, l’histoire du grand poète québécois Émile Nelligan n’aide pas à apporter une lumière favorable aux services psychiatriques de l’époque. Il est resté interné pendant la majorité de sa vie, dont seize ans à L’Hôpital Louis-H. Lafontaine.

L'Hôpital Louis-H. Lafontaine : pharmacie de Saint-Jean de Dieu (archives)

Aujourd’hui, l’hôpital Louis-H. Lafontaine a donné carte blanche au jeune cinéaste Alexandre Hamel et à son projet Clé 56 afin de lutter contre les préjugés sur les milieux psychiatriques. Il y a à présent six épisodes de cette série disponibles en ligne. Je trouve que cette série est remarquablement intéressante, car elle aide à démystifier cette institution qui reste dans l’esprit de bien des Montréalais un lieu clos et inquiétant.

Je vous présente la bande-annonce et vous pouvez trouver les épisodes de Clé 56 sur le site même de l’hôpital.

Liens d’intérêt :

(1) Rioux Soucy, Louise-Maude. « Aux premières loges de la folie. » Le Devoir. 17 Mar. 2007. Web. http://www.ledevoir.com/culture/livres/135313/aux-premieres-loges-de-la-folie

Orphelins de Duplessis, enfants d’asiles |. » Les Archives de Radio-Canada. Web. http://archives.radio-canada.ca/societe/criminalite_justice/dossiers/1606/

« Hôpital St-Jean de Dieu (photos). » Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Web. http://bibnum2.banq.qc.ca/bna/massic/mh1771.htm

L'Hôpital Louis-H. Lafontaine : résidence Ste. Thérèse (archives)

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