Alors que je me rendais tranquillement à ma énième visite d’appartement, le métro s’est brusquement arrêté. Le chauffeur a évoqué un colis suspect dans une station fermée au public. Je me suis rappelée du courriel reçu de RTL ce matin à propos d’une « manifestation à Paris contre la politique sociale et économique du gouvernement ». Ça expliquait le ralentissement général et l’incident dans le métro.
J’ai émergé pour chercher une cabine téléphonique afin de prévenir Réjean que je ne pouvais pas honorer notre rendez-vous. Comme j’avais le reste de l’après-midi libre, j’ai décidé de me rendre à la Place de la République où se tenait le rassemblement pour la manifestation. J’étais curieuse de découvrir ce passe-temps français qu’est la grève.
Je vous le dis tout de suite, j’ai couvert quelques manifestations au Québec, mais je ne suis pas quelqu’un qui a l’habitude de revendiquer dans la rue.
J’ai pu faire plusieurs constats sur la façon dont les Français manifestent :
- La bouffe est omniprésente
En effet, une heure avant la manifestation les syndicats et des vendeurs à la sauvette servent des grillades parfois dans des conditions d’hygiène douteuse. Beaucoup de manifestants se rendent à l’avance au lieu de départ pour manger sur place. - Technique “Follow the Booze” (suivez l’alcool)
Comment faire avancer des manifestants pas trop motivés? En installant un bar à l’arrière d’un camion et en roulant tout doucement pour que les buveurs le suivent. Malin, non? - Manifestation et défilé : un peu la même chose
Étrangement, il y a beaucoup de badauds observent les manifestations comme si c’était une parade. Pour la gauche caviar, le chic est de s’installer en terrasse de bistro qui pour regarder les autres défiler. Elles étaient toutes remplies, sans exception. - Certains n’ont pas de problèmes à arborer de symboles douteux
Drapeau de Cuba, le sigle de la faucille et du marteau ou encore Che Guevara sont présents. On ne semble pas avoir de problème avec le despotisme. - Pas beaucoup d’originalité chez les manifestants français
Le look de la manifestation était très formaté dans le sens où tout le monde avait les mêmes banderoles, les mêmes dossards et il n’y avait pas de slogans particuliers. En somme, ce n’était pas très rigolo. À Montréal, il y a beaucoup plus de pancartes faites à la main. - Ce n’est pas mai 68 tous les jours
Je n’ai pas ressenti la foule comme étant très revendicatrice. Les manifestations c’est surtout la manne des journalistes.
Mai 68, c’est tellement 1968! En 2010, les gens défilent le sourire aux lèvres, sans grogne réelle. Personne n’a rien à crier, c’est assez déconcertant de réaliser que c’est le bruit confus des conversations qui dominait. Je m’attendais plutôt à des slogans scandés.
Bref, j’ai été déçue par ma première manifestation française qui manquait de fougue. J’ai eu la drôle impression que ces 45 500 personnes manifestaient plus par convention que par conviction. Après, je n’ai peut-être pas choisi la meilleure manifestation à observer étant donné que l’une des revendications principales était pour les retraites. Parmi la foule, la moyenne d’âge était relativement élevée.
J’ai soumis mes « bonnes » photos à Témoins RTL. Je ne crois pas leur retransmettre des images à l’avenir parce que ça ne me sert absolument à rien sauf les bloquer pendant trois mois!


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