Vendredi, nous sommes partis en direction de Strasbourg pour un week-end de trois jours. Nous attendions depuis longtemps ce week-end : Réjean pour aller faire les soldes chez Hugo Boss et moi pour retourner dans cette coquette ville que j’avais visitée il y a deux ans en hiver. Il fut décidé que nous allions dormir chez un copain de Réjean. Chez Gérard qui avait suivi la même formation que lui deux ans auparavant. Un autre ami de sa promotion, appelons-le Alphonse, allait nous accompagner pour le trajet et pour le reste du week-end.
Nous sommes donc partis de Paris vers 9 h, il fut décidé que j’embarquerais derrière la Yaris avec le chien, car Alphonse y est supposément allergique. Je dis supposément, parce que je soupçonne plutôt l’allergie mentale. Akira a été nerveux au départ, mais il a fini par s’endormir sur mes cuisses après une heure.
La température de l’habitacle a commencé à monter et la tension aussi, car j’ai commencé à me plaindre. Chéri ne voulait pas ouvrir les fenêtres et Alphonse non plus. Pourtant il faisait plus de 32 o C dans la voiture et j’avais un chien qui me chauffait les cuisses. De plus, le copain avait oublié de mettre du déo ce jour là et ça commençait à chlinguer sérieusement. J’ai décidé de me rebeller et d’ouvrir les deux fenêtres de derrière. Cela a mis chéri en colère. D’autant plus qu’il était impuissant, car son contrôle électronique ne s’étend qu’aux deux fenêtres de devant.
Il s’est fâché et m’a dit de les fermer, car ça faisait trop de bruit. Là, j’ai décidé de lui faire la meilleure blague du monde, je lui ai répondu : « Quoi? Je n’entends rien les fenêtres font trop de bruit ». J’ai répondu la même chose aux trois prochaines demandes et il a laissé tomber. On a roulé les trois dernières heures avec tout le vacarme que peuvent faire deux fenêtres ouvertes à 130 km/h.
Quand on est finalement arrivés à destination, Gérard m’a saluée à la descente de la voiture. Ce sera les seuls mots qu’il m’a adressés durant notre séjour là-bas. J’ai aussi rencontré Jocelyn, un mec qu’on ne connaissait pas et qui n’était pas censé être présent, mais qui squattait chez Gérard.
Quelques minutes après mon arrivée, on a commencé à m’ignorer complètement. Aucun « Réjean nous a beaucoup parlé de toi, » « ça fait combien de temps que tu es en France » ou autres politesses. Les garçons se sont décidés d’aller à la promotion de leur formation pour manger et rencontrer leurs anciens professeurs. Gérard ne voulait pas que le chien reste chez lui, et ils savaient très bien que le chien ne serait pas accepté dans les locaux de l’université. Je comprends bien qu’on puisse ne pas aimer les chiens, mais il faut le dire avant que les gens arrivent chez toi! Avoir su, nous serions peut-être allés à l’hôtel ou je serais restée à Paris.
On ne m’a même pas demandé si ça m’intéressait d’y aller et ils sont partis à leur cocktail. Alors je suis restée seule avec Akira dans le centre-ville à errer pendant que les autres buvaient et mangeaient. J’étais collante, fatiguée et le week-end tant attendu s’annonçait mal. Après deux heures de solitude, j’en ai eu marre, j’ai appelé chéri pour qu’il revienne. Il est revenu avec ses amis Alphonse, Gérard et Jocelyn et ils ont décidé de s’installer dans un bar pour prendre l’apéro.


J’étais contente de ne plus être seule, mais j’étais loin de me douter que cette sensation d’isolation n’allait qu’augmenter. Les garçons se sont mis à parler exclusivement de leurs professeurs, leurs patrons et leur profession. Je regardais les fourmis grimper dans la fourrure d’Akira, j’essayais de lui en enlever quelques-unes, mais le pauvre loup était fatigué et avait envie de dormir tranquillement. La copine de Gérard est arrivée, j’étais contente, car je croyais avoir finalement quelqu’un à qui parler. Grossière erreur, la miss qui ressemblait à une jeune Brigitte Bardot m’a totalement ignorée, même pas un bonjour! Vilain petit canard que je suis, je ne méritais pas d’égards avec mes lunettes et mes pantalons de chez Walmart.
On s’est dirigés ensuite vers le restaurant coréen dont je n’avais entendu que du bien de la part de Réjean. Les conversations m’excluaient toujours. J’ai compris alors que mon exclusion était due en partie au fait que je ne me destine pas à une profession libérale.
Parfois, j’ai essayé de m’intégrer à la conversation, mais je sentais bien que je les dérangeais. Après avoir mangé en silence, le restaurateur coréen a mis un sourire sur mon visage en reconnaissant la race de mon chien. Akira lui rappelait les chiens de l’île de Jindo en Corée. Ce monsieur était bien sympathique bien qu’il parlait peu français.

En sortant, les autres se sont mis en tête de sortir dans un bar en occultant le fait que j’étais toujours avec mon chien et qu’avec lui ce n’est pas évident d’entrer dans un bar bondé où la musique joue. Heureusement, ils ont finalement décidé de retourner à l’appartement, car ils voulaient se réveiller tôt le lendemain…
Après ce premier jour, les choses ne se sont pas améliorées. Les relations n’étaient même pas tendues, on m’a ignorée complètement. Ça m’a tellement déprimée que je n’ai presque pas pris de photos de cette si belle ville. Depuis, Gérard n’est pas le bienvenu à la maison et n’y trouvera jamais un lit pour le dépanner!
Rappel des noms
- Réjean : mon compagnon
- Alphonse : l’ami de Réjean qui est monté à Strasbourg avec nous
- Gérard : l’ami de Réjean qui nous a hébergés, mais pas accueillis!
- Jocelyn : le mec qui ne devait pas être là et qu’on ne connaît pas


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