Depuis quelques jours, il y a un petit nuage gris qui me suit et qui grossit au fur et à mesure que les heures passent. Il s’alimente d’insignifiances de la vie quotidienne qui normalement se feraient oublier. C’est sans compter que le nuage les accumule et les laisse planer au-dessus de ma tête.
C’est une grande fatigue qui a donné l’occasion au nuage gris de s’accrocher à moi. Cette fatigue vient de la saison hivernale et de sa grisaille qui imprègne chaque recoin de la ville. Transformée en zombie, je ressens tout et n’importe quoi comme une agression.
D’abord, il y a eu des journées pluvieuses où les trottoirs de 30 cm n’étaient plus praticables à cause des gens qui se baladent avec des parapluies de golfe. Je les soupçonne de vouloir crever les yeux de quelqu’un. Ensuite, il y a le métro où beaucoup de gens agissent comme des animaux. D’abord parce qu’ils y laissent des traces d’urine, mais aussi, à cause des usagers qui semblent incapables d’attendre une seconde de plus pour entrer dans les rames et préférèrent me bousculer. Il y a également les caissières et les vendeuses pas sympas que l’on trouve à la tonne et les VIP de la semaine de la mode qui se sont stationnés sur les trottoirs et les passages piétons les rendant impraticables. En plus, il y a les gens de la fac qui m’excluent totalement de leurs fêtes et ne m’invitent jamais boire un pot sans jamais se priver de déblatérer de s’exalter sur leurs soirées lorsque je déjeune avec eux au restaurant universitaire. Et bien d’autres.
Bref, j’avais le cafard. Un cafard qui me donnait envie de laisser mes clefs rayer les voitures mal stationnées, de mettre un coup de pied dans une rangée de scooters, d’insulter les gens qui faisaient preuve d’incivilité… en résumé, de me montrer aussi désagréable que les autres peuvent l’être.
Après une autre journée de cours intéressante, mais éprouvante lorsque tous mes « camarades » partaient prendre un énième verre auquel je n’étais pas conviée, je suis retournée chez moi. J’étais seule dans un métro bondé à lire un livre passionnant, mais bourré d’erreurs et je me suis mise à penser : les gens sont désagréables, car ils sont malheureux, être à mon tour exécrable augmente mon malheur et celui des autres. Je devais me reposer pour ne pas alimenter ce cercle vicieux qui ronge les Parisiens.
Rassurée par cette pensée et croyant enfin pouvoir me détendre, car il y a relâche jusqu’en mars, je décidai d’aller m’acheter un pain suisse (viennoiserie à la crème pâtissière et au chocolat). Me disant que je pourrais le manger à la maison avec un bon café devant un film.
Arrivée à la pâtisserie, il n’y avait plus de pain suisse. J’étais déçue et j’ai dû me rabattre sur une chocolatine. Je me suis traînée sur les 300 m restant jusqu’à la maison.
Quand j’ouvris la porte, au lieu de trouver un gentil petit chien sommeillant, j’ai retrouvé mes notes de cours déchirées, mon CD de Jean Leloup fatalement abîmé, mon passeport transpercé et des traces de griffes sur mon CD de Windows.
Mes mains se sont alors lentement, mais fermement, posées autour du cou d’Akira et j’ai serré. Du moins dans mon imagination! Sans dire un mot, malgré une petite queue frétillante, je l’ai attaché avec sa laisse — pas pour le pendre — pour le promener, car il avait passé la journée seul à la maison.

En rentrant avec le chien, j’ai savouré ma viennoiserie et mon café au milieu du fouillis en regardant d’un œil distrait Young Victoria, car le film n’a pas réussi à m’intéresser. Heureusement, j’ai quand même pu me détendre, j’ai découvert la série télévisuelle Modern Family dont le premier épisode était franchement hilarant.
Aujourd’hui fut un meilleur jour et demain sera encore meilleur, si seulement je pouvais recevoir les colis que j’attends.

Deux petites photos pour vous prouver que mon chien est toujours vivant et qu’il n’est pas à plaindre. Il a eu droit a un smoothie fait maison et de dormir comme un roi sur le divan!



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